Le 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent être capables de recevoir une facture électronique. Pas « pouvoir en émettre » : la recevoir. Voici qui est concerné, à quelle date, et ce qu'il faut faire d'ici là.
Vous avez probablement reçu un mail de votre expert-comptable, ou un appel d'un éditeur de logiciel. Le sujet revient depuis trois ans, la date a déjà bougé deux fois, et beaucoup de dirigeants ont fini par classer le dossier dans « on verra ». Cette fois, l'échéance est à quelques semaines et elle concerne absolument tout le monde.
Cet article fait le point sur ce qui est réellement obligatoire, quand, et pour qui. Chaque chiffre cité vient d'une source officielle, listée en fin de page avec sa date de consultation. Si vous cherchez la réponse pour votre cas précis, des guides dédiés existent : micro-entrepreneur, artisan et TPE, PME, ETI et grande entreprise.
De quoi parle-t-on exactement#
Une facture électronique, au sens de la réforme, n'est pas un PDF envoyé par mail. Un PDF est une image de facture : un humain la lit, une machine non. La réforme impose un fichier structuré, dont les données (montants, taux de TVA, identité des parties) sont lisibles automatiquement, et qui transite par une plateforme immatriculée plutôt que par votre boîte mail.
C'est ce changement de tuyau qui explique tout le reste : l'administration ne veut pas seulement que vos factures soient numériques, elle veut en recevoir les données au passage. D'où deux obligations distinctes, qu'on confond souvent.
La facturation électronique (e-invoicing)#
Elle concerne vos échanges avec d'autres entreprises établies en France et assujetties à la TVA. Ces factures-là passeront par une plateforme agréée, dans les deux sens : émission et réception.
La transmission de données (e-reporting)#
Elle concerne ce qui échappe au cas précédent : vos ventes aux particuliers, et vos opérations internationales. Il n'y a pas de facture électronique à transmettre à votre client dans ces cas-là, mais l'administration veut quand même les données de la transaction. Le sujet est détaillé dans notre article dédié au e-reporting.
Êtes-vous concerné ?#
La règle tient en une phrase : toutes les entreprises établies en France et assujetties à la TVA sont concernées, y compris celles qui bénéficient d'une franchise de TVA.
Autrement dit, vous êtes concerné si vous cochez ces cases :
- Votre entreprise est établie en France (peu importe la forme : SAS, SARL, EI, micro-entreprise, profession libérale, association assujettie).
- Vous êtes assujetti à la TVA, que vous la collectiez réellement ou que vous soyez en franchise en base.
- Vous émettez ou recevez des factures d'autres entreprises françaises.
L'administration met à disposition un simulateur officiel qui répond en quelques questions. Si vous n'avez que deux minutes, c'est par là qu'il faut commencer.
Le calendrier, obligation par obligation#
Deux obligations, deux calendriers. Celui de la réception ne fait pas de distinction de taille ; celui de l'émission, si.
| Obligation | Date | Qui est concerné |
|---|---|---|
| Recevoir des factures électroniques | 1er septembre 2026 | Toutes les entreprises assujetties à la TVA, sans exception de taille |
| Émettre des factures électroniques | 1er septembre 2026 | Grandes entreprises et ETI |
| Émettre des factures électroniques | 1er septembre 2027 | PME, TPE et micro-entreprises |
| Transmettre les données (e-reporting) | Même calendrier que l'émission | Selon la taille de l'entreprise |
Dans quelle catégorie tombe votre entreprise ?#
Les catégories sont celles du décret n° 2008-1354, appréciées sur votre dernier exercice clos. En pratique, la quasi-totalité des entreprises françaises relève des deux premières lignes.
| Catégorie | Effectif | Chiffre d'affaires | Émission obligatoire |
|---|---|---|---|
| Micro-entreprise | moins de 10 | jusqu'à 2 M€ | 1er septembre 2027 |
| PME (dont TPE) | moins de 250 | jusqu'à 50 M€ | 1er septembre 2027 |
| ETI | moins de 5 000 | jusqu'à 1,5 Md€ | 1er septembre 2026 |
| Grande entreprise | 5 000 et plus | au-delà de 1,5 Md€ | 1er septembre 2026 |
La plateforme agréée : le point à comprendre absolument#
Pendant deux ans, la communication officielle a laissé entendre qu'un service public gratuit permettrait d'émettre et de recevoir ses factures. Ce n'est plus le cas. Le portail public s'est recentré sur deux rôles gratuits — un annuaire des entreprises et la remontée des données vers l'administration — mais il n'échange pas vos factures.
Pour émettre et recevoir, il faut donc passer par une plateforme agréée : la DGFiP la définit comme « un opérateur de dématérialisation immatriculé par l'État ». Ces opérateurs ont dû prouver leur conformité fiscale, la sécurité de leurs infrastructures et leur interopérabilité technique avant d'être inscrits sur la liste officielle.
Comment en choisir une#
La liste officielle des plateformes agréées est publiée par la DGFiP et mise à jour régulièrement — plus de cent trente opérateurs y figurent à ce jour. Elle est longue, et le tri se fait sur quelques critères simples.
- Votre logiciel actuel en propose-t-il une ? La plupart des éditeurs de comptabilité et de facturation ont soit obtenu l'immatriculation, soit noué un partenariat. C'est presque toujours le chemin le plus court et le moins cher.
- Votre expert-comptable en impose-t-il une ? Beaucoup de cabinets ont retenu un opérateur pour l'ensemble de leurs clients. Vous raccorder ailleurs vous ferait perdre l'automatisation qu'il a mise en place.
- Le volume que vous traitez. La tarification est le plus souvent au nombre de factures. En dessous de quelques dizaines par mois, les écarts entre offres se comptent en euros ; au-delà de plusieurs centaines, c'est le premier poste de coût.
- Vérifiez que le nom figure bien sur la liste de la DGFiP. « Compatible facturation électronique » sur une page commerciale ne veut pas dire immatriculé : certaines solutions se connectent à une plateforme agréée sans en être une.
L'annuaire : la brique qu'on oublie#
Pour vous envoyer une facture électronique, votre client doit savoir où l'envoyer. C'est le rôle de l'annuaire central, ouvert depuis septembre 2025 et accessible sur le portail Chorus Pro. Il référence les entreprises concernées, leur adresse électronique de réception, et la plateforme à laquelle elles ont adhéré.
Conséquence pratique : si vos données d'identification sont fausses ou obsolètes — SIREN erroné, établissement fermé, adresse jamais mise à jour — vos factures fournisseurs n'arriveront pas, et les vôtres seront rejetées. Vérifier son SIREN et ses établissements est une tâche de dix minutes qui évite des semaines de litiges.
Ce qui change sur vos factures elles-mêmes#
Au-delà du tuyau, le contenu de la facture évolue. Quatre mentions s'ajoutent aux mentions obligatoires habituelles pour les factures entre entreprises :
- Le numéro SIREN du client, en plus du vôtre.
- L'adresse de livraison des biens, lorsqu'elle diffère de l'adresse de facturation.
- La nature de l'opération : livraison de biens, prestation de services, ou les deux.
- L'option pour le paiement de la TVA d'après les débits, lorsque vous l'avez retenue.
Côté format, trois standards constituent le socle accepté : Factur-X (un PDF lisible qui embarque un fichier de données), UBL et CII. En pratique, vous n'aurez pas à choisir : votre plateforme produit le format attendu. Factur-X est le plus répandu chez les petites structures parce qu'il reste lisible à l'œil nu.
Les sanctions#
Le barème a été durci par l'article 123 de la loi de finances pour 2026. Les montants ci-dessous sont ceux publiés par Service-Public.fr.
| Manquement | Sanction | Plafond |
|---|---|---|
| Facture non émise au format électronique | 50 € par facture | 15 000 € par an |
| Pas de plateforme agréée pour recevoir | 500 € après mise en demeure de 3 mois, puis 1 000 € tous les 3 mois | — |
| Données de transaction non transmises (e-reporting) | 500 € par transmission | 15 000 € par an |
| Mention obligatoire manquante | 15 € par mention | 25 % du montant de la facture |
À ne pas confondre avec les sanctions générales sur la facturation, bien plus lourdes et déjà en vigueur : l'absence de facture est punie d'une amende pouvant atteindre 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une société.
Votre plan en cinq étapes#
- Vérifiez que vous êtes concerné avec le simulateur officiel. Deux minutes.
- Contactez votre expert-comptable avant de signer quoi que ce soit. S'il a déjà retenu une plateforme, la question est réglée.
- Contrôlez vos données d'identification : SIREN, forme juridique, établissements actifs, adresse. C'est ce qui alimente l'annuaire.
- Choisissez une plateforme sur la liste de la DGFiP et raccordez-vous. Comptez quelques jours de paramétrage, pas quelques mois — mais ne vous y prenez pas la dernière semaine d'août.
- Testez une réception réelle avant le 1er septembre : demandez à un fournisseur déjà raccordé de vous envoyer une facture, et vérifiez qu'elle arrive.
Questions fréquentes#
Un PDF envoyé par mail suffira-t-il après le 1er septembre 2026 ?
Je suis en franchise en base de TVA, suis-je concerné ?
Existe-t-il une solution gratuite fournie par l'État ?
Le calendrier peut-il encore être repoussé ?
Combien de temps faut-il conserver ses factures ?
Que se passe-t-il si mon client n'est pas raccordé ?
Cette réforme est d'abord un chantier comptable. Mais elle arrive au moment où beaucoup d'entreprises constatent que leur outillage numérique tient avec des bouts de ficelle : devis sur traitement de texte, factures dans un tableur, relances de tête. Si c'est votre cas, parlons-en — on saura vous dire en quinze minutes si un outil sur mesure se justifie ou si votre logiciel actuel suffit largement.
Sources
- Facturation entre entreprises : ce que dit la loi — Service-Public.fr (DILA) (consulté le 14/08/2026)
- Comment se préparer à l'obligation de facturation électronique — Service-Public.fr (DILA) (consulté le 14/08/2026)
- Facturation électronique : les sanctions évoluent — Service-Public.fr (DILA) (consulté le 14/08/2026)
- Facturation électronique : soyez prêt au 1er septembre 2026 — Service-Public.fr (DILA) (consulté le 14/08/2026)
- Un annuaire dédié à la facturation électronique est ouvert — Service-Public.fr (DILA) (consulté le 14/08/2026)
- Simulateur : suis-je concerné par la facturation électronique ? — Service-Public.fr (DILA) (consulté le 14/08/2026)
- Je passe à la facturation électronique — DGFiP — impots.gouv.fr (consulté le 14/08/2026)
- Je consulte la liste des plateformes agréées — DGFiP — impots.gouv.fr (consulté le 14/08/2026)
- Annuaire de la facturation électronique — AIFE — Chorus Pro (consulté le 14/08/2026)
- LOI n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026, article 123 — Légifrance (consulté le 14/08/2026)
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